Les modes de vie


Considérer les modes de vie dans leurs

différentes dimensions

 

Les contraintes liées aux limites de la planète induisent de nouvelles règles communes : sobriété des comportements, efficacité des modes de production et de consommation, réorientation du système fiscal et donc du système de redistribution… La réponse au défi environnemental, notamment énergétique et climatique, sera un facteur majeur d’évolution des modes de vie.

Par « modes de vie », nous entendons ici la prise en compte de fonctions qui structurent notre quotidien : se loger, se nourrir, se vêtir, apprendre, travailler, se déplacer, échanger, se divertir etc. Cela inclut aussi des valeurs, des représentations du monde et de soi dans leurs dimensions sociologiques, psychologiques et culturelles.

La formulation de « modes de vie » est prise ici dans une acceptation très large, incluant :

  • les modes de consommation,
  • les comportements d’usage,
  • mais aussi en amont les modes de production,
  • les conditions générales de vie liées à l’organisation de la société.

Les modes de vie –et leur évolution- résultent d’un processus complexe qui s’alimente :

  1. d’attitudes mimétiques issues de la famille, du milieu social, de traditions,
  2. d’héritages culturels et religieux,
  3. d’apports éducatifs,
  4. d’influences véhiculées par les médias, les relations sociales, la publicité,
  5. d’opinions et d’enseignements tirés de l’histoire personnelle,
  6. de situations induites par la structure familiale, le territoire de vie, le métier, les conditions économiques,
  7. de compromis nécessités par l’entourage de la personne,
  8. des soutiens, de contraintes et d’injonctions qui découlent des politiques publiques,
  9. de la perception d’opportunités de vie accessibles ou non, de la capacité de choix…

La prise en compte de ces facteurs conduit à un effort de synthèse individuel, original de la part de chacun dans sa recherche de cohérence mais sans pour autant échapper à des dissonances plus ou moins irréductibles.

Ces usages et valeurs sont influencés en partie par les politiques publiques, et plus généralement par l’offre de biens et de services publics et privés. Si les modes de vie expriment les choix individuels des personnes, ils sont aussi le reflet d’un environnement collectif.

Aussi, ce que nous entendons par modes de vie, ne se cantonne donc pas à la seule responsabilité individuelle, et aux comportements, mais intègre les modes de décider, de produire, de consommer l’organisation sociale et territoriale et la conduite des politiques publiques.

 


Prendre en compte et respecter

la « biodiversité humaine »,

du local au global

 

Par voie de conséquence, comme c‘est toujours le cas dans les changements majeurs de civilisation, les modifications des méthodes de production (agricoles et industrielles…) les évolutions technologiques, les transformations de l’organisation des activités productives, l’accès à de nouveaux moyens de transports et de communication vont profondément transformer aussi bien les mentalités, l’organisation économique et sociale que les structures politiques.

En outre, il est essentiel de porter une écoute attentive aux évolutions futures des conditions concrètes de vie. On constate actuellement partout dans le monde une forte différenciation des styles de vie. Tout indique que cette différenciation se poursuivra tout autant en fonction des valeurs culturelles et des préférences individuelles que des catégories sociales.

Pourtant, le respect de la diversité n’est pas garantie à ce stade, et devra constituer un des principes phares de la transition, en tant que condition des libertés humaines dans un monde fini. A ce titre, des peuples autochtones n’est pas garantie dans ce changement de civilisation, et devra s’appuyer sur la reconnaissance des savoirs et des modes de vie traditionnels.

 


Considérer la complexité de la question

des comportements individuels

 

Dans les changements majeurs de civilisation, les modifications de méthodes de production (agricoles, industrielles…), les évolutions technologiques, les transformations de l’organisation des activités productives, l’accès à de nouveaux moyens de transport et de communication, tout cela transforme profondément aussi bien les mentalités, l’organisation économique et sociale que les structures politiques. Le changement de civilisation que nous vivons actuellement a la spécificité de devoir combiner une individualisation croissante des identités, dans un contexte où chacun est, de manière inédite et définitive, liée à la planète et aux autres. L’imbrication fine de l’individu et du collectif devra être abordée finement, en s’intéressant à la nature des rapports sociaux et à leur évolution, ceux-ci pouvant être des rapports hiérarchique, de domination, interculturels, de classe, professionnels, familiaux… des conflits, des alliances. C’est la nature même de ces rapports qui est amenée à évoluer.

Le défi climatique suggère un changement des modes de vie, en direction de d’avantage de sobriété. Néanmoins, cette sobriété est vécue comme une contrainte, un « moins » vécu, une restriction des libertés fondamentales, les quotas individuels de carbone, les péages urbains, la taxe carbone… incarnant à ce titre les peurs sociales autant que les échecs politiques quand à ces changement d’ordre sociétaux. Les attentes exprimées dans le débat public sur la transition énergétique en France depuis 2013 en faveur de « changements de comportements » ont souvent mêlé l’injonction réglementaire et des demandes de transformations volontaires (notamment les éco gestes pour l’environnement) sans suffisamment appréhender le fait que les changements de comportements résultent plus globalement du passage d’une cohérence personnelle à une autre et donc d’un processus souvent lent d’assimilation et d’acceptation sociale. Surtout, le changement social invoqué par la transition écologique sous tend une remise à plat des systèmes de péréquations. Qu’est ce qui garantie à chacun ses chances de réussite dans une société qui se veut sobre en carbone ? Autant de questions qui restent sans réponse, autant d’incertitudes qui alimentent les réflexes de repli.

 


Les pièges à éviter d’une entrée par les modes de vie

 

Aborder les modes de vie nécessite de résoudre les difficultés suivantes :

  1. Se projeter sans prendre en compte l’existant : La question des modes de vie doit être abordée en partant d’abord des situations présentes vécues, avant de pouvoir se projeter à travers des visions d’évolution future possible.
  2. Une approche top-down : Il est essentiel de faire découler l’expression de visions du futur de l’expression directe des acteurs. C’est évidemment la condition de leur adhésion.
  3. Perdre de vue les objectifs de durabilité : Les visions des modes de vie futures doivent répondre aux enjeux de long terme. Il faudra ensuite procéder par backcasting, c’est-à-dire mettre en débat les conditions de vie du futur qui permettent un développement durable dans un cadre d’équité, de cohésion sociale et donc de paix dans le monde.
  4. Proposer des options très volontaristes fondées sur des options politiques non explicites serait ressenti comme arbitraire. Ce risque est d’autant plus important que l’exercice porterait sur des pays présentant de grands écarts de développement.
  5. L’absence d’argumentaire quantifié : Une quantification des modes de vie sera nécessaire (portant sur les consommations directes des ménages mais également sur les productions et consommations induites en amont par celles-ci à savoir l’agriculture, la production d’énergie, l’industrie, les transports, les services tertiaires, et aval, la gestion des déchets…). C’est indispensable pour permettre une démarche de backcasting.
  6. Une approche naïve: Les évolutions futures proposées doivent à la fois s’inscrire dans une perspective de réussite de vie pour les personnes mais sans éluder les difficultés rencontrées notamment celles liées aux processus de transition. C’est là un équilibre difficile à trouver entre se situer dans une logique positive et éviter des projections lénifiantes.